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Julien Mignot

artiste

Entre 2009 et 2016, soit chaque mois pendant 96 mois, Julien Mignot (1981) a sélectionné une image de ses errances photographiques. 96 months forme un puzzle intime.
Merci à Jeanne Balibar de dire le texte écrit par Julien Mignot.
Merci à Jeanne Added, qui a ordonné la playlist compilée par Julien Mignot entre 2009 et 2016.
Les tirages en édition limitée sont présentés en trois formats dans la technique « Fresson » au procédé charbon ou en tirage pigmentaire.
Un caisson lumineux de 96 diapositives (œuvre unique) présente la série complète au sous-sol de la galerie.
Une réglette lumineuse (édition de 30 exemplaires) permet de reconstituer son propre journal photographique en choisissant 12 diapositives dans la série 96 months.
Texte de présentation par Léa Chauvel-Levy (critique d'art et directrice artistique) : Vermeer peint vers 1668 Le Géographe. Julien Mignot ne ressemble aucunement au sujet du tableau, un homme attablé à sa table de travail, décati et gagné par le temps, mais étonnamment, il m’y a toujours fait penser. J’ai compris plus tard pourquoi. Julien a étudié la géographie avant de découvrir qu’il deviendrait photographe. En réalité, je crois qu’il n’a pas vraiment déserté les territoires de cette discipline. Ces territoires sont devenus sensibles, incarnés mais c’est toujours la terre, ses paysages et les humains qui les arpentent qu’il continue à sonder. La méthode a changé. La tonalité et la musique aussi, mais la partition est toujours la même, où vacillements du monde et ondes sismiques déploient cette fois une carte intime. La sienne, faite de lignes simples, reliées par des points personnels, comme dans ce jeu d’enfant où il faut suivre les numéros qui se succèdent, pour dessiner une forme fragile.
Montagnes rougies par le soleil sur le déclin, vallons perdus et coincés dans l’inconnu, chemins vicinaux refroidis par la neige, routes brunes vers l’infini... Le géographe a muté, s’est doté de couleurs et a repeint le monde. Pas d’instant décisif, surtout pas. Mais une narration singulière où se projeter. L’image n’est pas prise dans sa toile, proie d’une araignée qui l’y aurait jeté, au contraire elle vit encore. Regardez les pieds de cette fille endormie, ils vont bouger, elle va se réveiller. Il n’y a aucune concordance des temps à trouver dans cette écriture photographique profondément actuelle. Les images de Julien Mignot « présentent » un monde, plutôt que l’ « enregistrent ». Lui rendent sa présence. Ce couple, impudique et heureux continue de s’embrasser devant nous. Comment, alors qu’il fait jour lorsque que je la guette, cette femme de dos, peut-elle scruter le noir de la nuit, cape jetée à l’aveugle sur la campagne ? 
 
Rarement, aura-t-on vu autant image en train de se faire. Se tramer sous nos yeux, s’écrire à notre vue. Celle-ci se tisse à mesure que notre regard se pose sur elle et bannit dès lors toute possibilité d’être retenue captive dans le passé.
Ni araignée, ni toile, l’image vit encore, chasseuse de mort, créant ex nihilo le cadre toujours vivant de sa vie intérieure.

(Léa Chauvel-Lévy)

From 2009 to 2016, each month for 96 months, Julien Mignot (1981) featured a picture of his photographic journeys. 96 months is a puzzle, intimate.
limited edition prints are presented in three formats in the charcoal « Fresson » process or pigment prints.
A light box (unique) presents the full series in the basement of the gallery.
A light box (edition of 30) makes it possible to construct his own photographic journal by choosing 12 slides in the series 96 months.
Thank you, Jeanne Balibar, which reads the text of Julien Mignot.
Thank you, Jeanne Added, who ordered the playlist compiled by Julien Mignot from 2009 to 2016.
Text by Léa Chauvel-Lévy, art critic and artistic director. In1668, Vermeer painted The Geographer. Julien Mignot dos not in any way ressemble the subject of that painting , a man sitting at his work table, weathered and eaten by time, and yet somehow, it’s the image that he has always reminded me off. It was only later that I understood why. Julien studied geography before understanding that he was to become a photographer. In fact, I do not really think he has left the land of his previous discipline. The land has become sensitive, personnified, but it is still that land, those lanscapes with its humans strolling through it, which he keeps studying. His method has changed. His tone and his music too, but the partition is still the same, and the flickers of the world and its sismic waves draw an intimate map. His own map, drawn with simple lines, linking personal dots together, like in that children’s game, in which a child follows numbers on a drawing, letting fragile silhouettes appear. Red mountains lit up by a setting sun, lost valleys prisoners of the unknown, twisting paths freezing in the snow, brown roads stretching out into eternity…
The geographer has mutated, gaining colours, and in that way repaints the world. There is certainly no decisive moment. But a strange story builds, in which to mirror oneself. The image is not stuck in a web, victim of a spider who would have captured it, but on the contrary, it is still alive. Look at that sleeping girl’s feet. She is going to wake up. There is no concurrence in time to be found in this photographic text, which is deeply current. Julien Mignot’s pictures « present » the world, rather than record it. He reaffirms its existence. This couple, immodest and happy, let us see their embrace. How come that this woman seen from behind, despite the fact that it is daytime when I observe her, is staring into the darkness of the night, eyes set on an invisible horizon in the countryside ? Rarely have we seen images being created in this manner. This picture is born in the eyes that observe it, step by step, and therefore renders impossible any attempt to lock it into the past. Neither spider, nor web, the image survives, hunting death, creating ex nihilo the frame that has remained from its previous life. (Léa Chauvel-Lévy)