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Have a good trip !

Olivier Degorce

25 mai
— 7 juillet
2018

J’ai atterri dans les premières soirées Acid House vers 1987 / 88 à Paris. J’avais 20 ans, ce fut un véritable choc. Cette musique n’avait aucun équivalent avec ce que ma génération avait entendu précédemment. À partir de fin 1991, un appareil photo de qualité très moyenne, parfois jetable m’accompagnait en permanence dans les raves. Ensuite, j’ai utilisé des appareils de meilleure qualité et qui pouvaient toujours se glisser dans ma poche, cela me permettait de rester mobile. Je venais faire la fête comme les autres, j’ai donc vécu le phénomène de l’intérieur. Ces raves étaient totalement underground. Le lieu de la fête était souvent dévoilé au tout dernier moment via une infoline, des flyers ou par le bouche-à-oreille. Nous étions tous là incognito, autant le public que les DJs qui se moquaient bien de toute notoriété bien plus occupés à nous faire « décoller ». Les corps flottaient parfois très hauts dans la nuit. Je suis rarement revenu avec plus d’une vingtaine de photos d’une soirée, deux ou trois de chaque DJ, parfois une seule. J’étais certainement l’un des premiers à photographier de manière systématique, mais il ne s’agissait pas de porter un regard journalistique, ni de couvrir un événement ou d’en faire un reportage. Collecter des portraits de ces DJs jouant des disques pressés seulement à 100 ou 500 exemplaires me fascinait. Une partie de ces images a été réalisée dans des lieux qui pour la plupart n’étaient pas initialement dédiés à la fête (entrepôts désaffectés, friches industrielles, péniches) ou dans des clubs. Là, il m’arrivait très souvent de ne pas regarder dans le viseur, de prendre les photos à la volée et de laisser le cadrage à l’improvisation de l’instant. (...) Teintée d’un soupçon d’innocence et d’un esprit quasi tribal, cette période radicale marque la naissance d’un nouveau son, d’une nouvelle musique. J’ai photographié spontanément et compulsivement cette époque et j’ai conservé ces souvenirs sur des dizaines de pellicules argentiques comme pour garder la preuve que nous n’avions pas rêvé. (Olivier Degorce, 2018) /// /// /// /// /// /// /// 1991-1999 : la décennie des raves correspond à mon second round sur terre, ma deuxième décennie. Un clément Hasard fait coïncider l’âge des premières expériences marquantes avec la découverte d’un nouveau son, d’une nouvelle façon de sortir, de faire la fête, de se droguer (ou pas). Cette fête me plait car elle est multiple, pas encore nommée parce que balbutiante, libre car pas encore définie, pas classifiée parce qu’elle échappe aux étiquettes par le mélange qu’elle promet et hélas ! par la suite, promeut. A l’ère des nineties, c’est l’espace de tous les possibles, de toutes les modalités d’existence. Nous sommes trop jeunes pour être fixés sur des certitudes, trop novices pour être blasés, trop enthousiastes pour ne pas vouloir tout essayer.
Plus que la musique, la « teuf », les stimulants, c’est le cross-over, le mélange qui règne et balaye tout royalement. Je n’ai pas compris tout de suite ce qui arrivait, je venais du rock et de la new wave, mais j’ai pris la seconde vague, vers la mi-90 et elle m’a emmenée loin, je ne me souviens pas de tout, sauf que ça avait un nouveau goût de Liberté, de bulle partagée et d’autisme à plusieurs. Une décennie qui, pour beaucoup, nous a sculpté.
Pour paraphraser l’ami Shakespeare : Nous sommes de la même étoffe que nos raves. Les photos d’Olivier Degorce sont une parfaite et douce immersion dans cette parenthèse enchantée, car en chantier ; surtout celles en plan large où l’anonymat et le mélange des gens et des genres priment. (Xanaé Bové, 2018)
I stumbled upon the first acid house parties in Paris in 1987/88. I was twenty years old, it was a total shock. That music sounded like nothing my generation had ever heard. From 1991, I started carrying a very mediocre camera, sometimes a disposable one, with me into the raves. Later, I used better cameras that I could slip into my pocket, which allowed me to be mobile. I was there to party, like everyone else, so I experienced the movement from the inside. These raves were totally underground. The location was often revealed at the last minute via an infoline, flyers or word-of-mouth. We were all incognito, the public and the DJs who couldn’t care less about fame – they were too busy trying to make us fly. Bodies sometimes floated very high across the night. I rarely made more than a couple dozen photos a night, two or three of each DJ, sometimes only one. I was the first to take photos so systematically, but my outlook wasn’t journalistic, I wasn’t trying to cover an event or do a report. Collecting portraits of these DJs playing records pressed at a few hundred copies was fascinating to me. Some of these images were made in places that weren’t designed to host parties (abandoned warehouses, industrial wastelands, barges) or in clubs. I often didn’t look through the viewfinder, taking photos on the fly and leaving the framing to chance. This radical era, tinted with innocence and an almost tribal spirit, marks the birth of a new sound, a new music. I photographed this period spontaneously and compulsively and I saved these memories on dozens of film rolls as though to keep proof that we didn’t dream it all up. /// /// /// /// /// /// /// 1991-1999: the decade of raves coincided with my second round on earth, my second decade. A benevolent Fate made my age of first formative experiences coincide with the discovery of a new sound, a new way of going out, of partying, of taking drugs (or not). This way of partying suited me because it was diverse, didn’t have a name yet, it was free because it had yet to be defined, unclassified because it defied all labels by the fusions it promised and sadly came to promote. In the 90s, this was a space for infinite possibilities, for different ways of living. We were too young to be stuck with any kind of certainties, too green to be blasé, too enthusiastic not to want to try everything. More than the music, the parties, the stimulants, it was the crossover, the diversity that whipped everything together perfectly. I didn’t understand what was happening right away, I came from rock and new wave, but I caught the second wave, mid-90s, and it swept me away – I don’t remember everything, but I know it had a new taste of Freedom, of a shared bubble and collective autism. That decade shaped many of us. To quote our friend Shakespeare: We are such stuff as dreams are made on. Olivier Degorce’s photos are a perfect soft immersion into the blissful interlude we were slowly building; especially the ones in wide angle where the anonymity and the mix of people and styles take precedence. (Xanae Bové, 2018)